[Critique] The Shape of Water

[Critique] The Shape of Water

Certains films ont pour but unique de raconter une histoire, relativement efficace et ce, quitte à ne rien proposer d'audacieux visuellement. D'autres, au contraire, vont proposer aux spectateurs une expérience cinématographique singulière d'un point de vue stylistique. Ils pourront en ressortir ébahis, enrichis, ou bien complètement largués et déçus par une si périlleuse entreprise. A côté de ces deux catégoriques peut-être caricaturales existent des films qui, en plus de raconter une histoire bien ficelée, possèdent en plus des univers visuels poétiques et inspirés. C'est le cas de notre film du jour, The Shape of Water, écrit et réalisé par Guillermo Del Toro. Je sais que le film était très attendu, et que beaucoup d'autres personnes ont déjà donnés leurs avis sur le film, mais qu'importe, c'est à mon tour de vous parler du dernier film du réalisateur des films Hellboy et du Labyrinthe de Pan !

Le film nous narre la vie d'Elisa, une femme de ménage muette travaillant dans un laboratoire, qui va se retrouver totalement bouleversée par la rencontre d'une mystérieuse créature, apparemment dotée de pouvoirs extraordinaires... Là où tous y voient un monstre bestial et primitif, Elisa va se lier d'amitié avec cet amphibien humanoïde, et même en tomber amoureuse.

Le premier point de cette critique que je vais développer, et dont j'ai déjà parlé dans mon introduction, c'est l'univers visuel incroyablement saisissant que propose La Forme de l'eau. Passé le fait que l'ambiance générale, et notamment la bande-annonce du film respiraient une forte ressemblance avec celle de Bioshock (le jeu vidéo de mon coeur), celle-ci se révèle très élaborée et visuellement poussée.  Que ce soit les appartements d'Elisa et de son voisin Gilles, le cinéma qu'ils surplombent ou bien les laboratoires où elle travaille avec Zelda (Octavia Spencer) en tant que femmes de ménages, tous les décors ont une réelle personnalité et dégagent des ambiances distinctes et prenantes, appuyées par un travail sur la lumière. La musique vient ancrer l'univers du film dans les années 40/50, ce jazz enivrant a un charme indéniable, surtout pour les fans de Bioshock encore une fois ou de Fallout, mais aussi des films d'antan, sensibles à ce style de musique si particulier. L'ambiance sonore, autant les musiques préexistantes utilisées que la bande originale composée par Alexandre Desplat, profite donc au réalisme et à la poésie instaurée par les visuels du long-métrage. Enfin, la pluie accentue et nuance cette ambiance générale, plus elle devient prononcée et présente à l'écran, plus le film devient sombre, inquiétant.

Dans le même ordre d'idée, l'hybride de genres entre la comédie romantique et le fantastique est ingénieux et donne vie à des situations aux premiers abords incongrues mais qui se révèlent être incroyablement touchantes et poétiques. L'affinité qui se développe entre Elisa et la créature, dont le design est sans nulle doute un hommage à L'Etrange Créature du lac noir, l'un des monstres emblématiques d'Universal, se fait de manière progressive pour devenir vitale pour les deux personnages. Tous deux sont considérés comme anormaux par le reste du monde, le couple s'aime malgré tout et oublie ce (et ceux) qui les entoure au profit de leur amour mutuel et pur.

Les personnages du film sont également une bonne surprise de celui-ci. Tout d'abord Elisa, brillamment interprétée par Sally Hawkins (GodzillaMaudie) qui, au-delà son handicap et de la faiblesse légitime qui en découle, se révèle être une femme forte et complexe, pleine de doutes certes mais aussi et surtout pleine de désirs, de bonheur et de volonté. Autour d'elle, on trouve sa collègue Zelda qui contraste d'Elisa par son débit de parole surélevé. Malgré tout, elle reste sympathique de part son côté humain et mondain, ses discussions triviales font sourire et sa bienveillance envers sa collègue muette la rend touchante. On trouve également Giles (pas celui de Buffy contre les vampires, désolé...), le voisin d'Elisa interprété par Richard Jenkins (Kong : Skull Island, Bone Tomahawk, The Visitor). Il est un vrai apport comique au film, qui allège quand nécessaire l'ambiance du film mais qui possède tout de même ses propres problèmes à l'instar des autres personnages importants du long-métrage.

Un autre exemple, peut-être le plus flagrant après Eliza, de la complexité des personnages du film est celui que joue Michael Shannon (Man of Steel, Mud, Midnight Special), le chef de la sécurité Strickland.

Il personnifie une vision détraquée, biaisée de l'idéal américain, promulguant la famille et la réussite professionnelle comme valeurs centrales de la vie d'un homme. Strickland tente tant bien que mal de paraître fidèle à cette idéal de réussite et à faire miroiter une image accueillante et positive de lui au personnel du laboratoire, mais sa vraie nature écrase rapidement cette façade pour laisser paraître au grand jour ses dérives, comme son impulsivité, son manque de tact, qui s'illustre par le racisme et le mépris latent de ses paroles, mais aussi son manque de confiance en lui ou ses fétichismes sexuels insolites déclenchés par sa rencontre avec Eliza. Il est en proie perpétuelle entre ce que la société et sa famille veulent qu'il soit et ce qu'il est vraiment, un homme fragile caché derrière une carapace d'autorité et de fausse sympathie.

Enfin, The Shape of Water possède un sous-texte intéressant sur le remplacement d'un art par un autre. Je m'explique : on remarque dans l'univers diégétique (l'univers de la fiction, du film) un déclin considérable du cinéma au profit de la télévision qui a l'air bien démocratisée dans les foyers. Dans la même veine, le travail pictural de Giles, peintre, n'arrive pas à égaler la photographie malgré les qualités indéniables qui s'en dégagent. Del Toro semble nostalgique du passé, et cette nostalgie se ressent tout le long du film à l'esthétique proches des films de l'âge d'or du cinéma hollywoodien et dont l'ambiance qui s'en dégage me semble rendre sans cesse hommage à cette période. Et au-delà de cet hommage, le réalisateur semble même regretter ce temps désormais révolu, remplacé par la rechercher perpétuelle de progrès techniques et de visuels de plus en plus impressionnants, divertissants.

The Shape of Water est original par bien des points. Son ambiance rétro maîtrisée nous plonge dans une romance poétique et transcendante, au-delà même du genre humain. Sally Hawkins interprète à la perfection un personnage torturé, complexe et porte véritablement le propos du film vers le haut. Les autres personnages principaux sont à son image, pleins de désirs et de faiblesses, et forment autour d'elle un environnement à la fois réconfortant et bienveillant comme Giles ou Hoffstetler, mais aussi étouffant et claustrophobe par la menace planante de Strickland. Guillermo Del Toro a su raconter une histoire touchante et témoigner un amour authentique pour le cinéma d'antan à travers ce long-métrage passionnant. 

Une pensée sur “[Critique] The Shape of Water

  • mars 7, 2018 à 1 h 03 min
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    tro bi1 frr gem kan tu parl du poason

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