[Review] Renato Jones – Saison deux : Freelance

[Review] Renato Jones - Saison deux : Freelance

Bouff€-moi ça... C'est ainsi que s'ouvre la suite de la quête de Renato Jones, qui compte bien continuer de faire payer les Un% pour leur cupidité. Il nous accueille toujours avec une sobriété exemplaire : des grosses armes, une besace pleine de dollars, la charmante Bliss à ses côtés et des flammes pour les illuminer. Je plaisante évidemment. La surenchère et l'ultraviolence continuent d'accompagner la mission salvatrice du Freelance.  Cette deuxième saison s'ouvre là où le premier tome nous avais laissé, je ne peux donc que vivement vous conseiller de lire ma critique du tome 1 pour ne pas être largués. De plus, pour resituer un peu l'intrigue de ce tome 2, je vais vous spoiler un tout petit peu la fin du premier. Voilà, vous êtes prévenus. L'ouverture de la saison 2 nous ramène, après un bref résumé de la première saison, aux côtés de Renato Jones et de Church, à bord de leur avion pour attaquer Nicola Chambers pendant un de ses discours.

Kaare Kyle Andrews récupère les casquettes de créateur, de scénariste, de dessinateur et de coloriste pour cette seconde partie de Renato Jones, afin d'en posséder tous les tenants et les aboutissements une nouvelle fois. Et il faut dire que le monsieur maîtrise toujours autant son bébé, que ce soit du point de vue de la forme ou du fond. Dès les premières cases, on retrouve la singularité du noir et blanc déjà instaurée dans le tome précédent. Son utilisation rend toutes les scènes touchées par cet effet à la fois plus épiques mais aussi totalement irréelles. C'est dans cette configuration particulière que se déroule le combat le plus attendu, teasé dans le premier tome. A l'instar d'un Star Wars : Les Derniers Jedi, le comics bouscule notre horizon d'attente en fragilisant ses fondamentaux construits lors de la première partie du récit. Ainsi, le Freelance n'est plus seulement Renato Jones, en proie au doute par rapport à la finalité de sa mission et qui semble de ce fait vouloir l'abandonner, mais se voit personnifié également par Church, le majordome avide de vengeance. La figure du Freelance est ébranlée par la remise en question effectuée de Renato. Les similarités entre lui et Batman renforcent le parallèle qui s'établit entre ces deux personnages, présentant le Freelance comme une version outrageusement violente du Chevalier Noir, lui aussi réfléchissant au sens de sa mission héroïque. Cette fragilisation symbolique de l'alter-ego héroïque des deux personnages est magnifiquement représentée par une case montrant le masque du Freelance brisé.

L'ambiguïté de la relation entre Renato et Bliss s'amplifie dans ce second tome tant bien même qu'ils se déclarent leurs sentiments. La fille de Nicola Chambers endosse différents rôles contradictoires, à la fois protectrice de Renato Jones durant son enfance et demoiselle en détresse dans le présent, elle est tiraillée par un choix décisif : rejoindre l'homme qu'elle aime depuis toujours dans son combat en reniant ses origines luxueuses ou bien se complaire dans la richesse et se ranger aux côtés de son père. Cette réflexion s'effectue au fil du tome, et Bliss passe donc d'un camp à un autre sans remords.

De plus, le combat entre le Freelance et Super-Méchant est balayé dès le premier chapitre alors qu'il était l'un des événements inévitables de cette suite, afin d'opposer véritablement le héros et l'antagoniste, désigné comme le cliché du méchant ultime. Leur confrontation se voit complètement dépossédé de son potentiel "super-héroïque" pour laisser place au réel propos du comics, déjà développé dans le premier tome : la critique de la société et de sa politique.

Comme le dit lui-même l'auteur, pour rester une «satire», Renato Jones a du «aller plus loin, plus vite que les événements réels». C'est dans cette optique que Nicola Chambers est placé à la tête du gouvernement américain, afin de figurer la mutation silencieuse des Un% en l'Unique, une cellule décadente de ce groupuscule richissime souhaitant tout posséder et tout consommer. Néanmoins, la psychologie de ce président fraîchement nommé reste pleinement travaillée, au-delà qu'une volonté pure et simple d'acquérir toujours plus d'argent. En effet, sa nouvelle position le place dans un état de servitude intense face aux Un% qui semble l'agacer, le peiner au premier abord.

Le lecteur pourrait alors supposer que Nicola Chambers nourrit en lui des remords vis-à-vis de ses agissements ne profitant qu'aux riches. Cependant, cette supposée remise en question se révèle n'être qu'artificielle, trompeuse puisqu'il devient rapidement l'Unique, la figure emblématique d'un régime fascisme capitaliste, considérant les prolétaires comme des moins que rien, ce que faisait déjà les Un%. L'analogie entre le régime de l'Unique et celui de Hitler est appuyée, avec très peu de finesse, par une reprise du brassard du costume nazi, dont la croix gammée est ici substituée par le symbole du dollar. Très peu de finesse vous disais-je. Cette milice fondée sur la haine, tout comme le régime nazi donc, fait miroiter aux sous-fifres de Nicola Chambers un semblant d'importance de leur existence aux yeux de leur chef. Cet espoir d'une considération salvatrice se retrouve personnifié par le personnage tragicomique de Gabriel.

Cependant, bien que cette seconde saison cherche par moments à bouleverser l'ordre établi, elle se montre aussi très respectueuse de son prédécesseur. Cette estime se retrouve dans la réutilisation d'éléments passés dans la suite de son intrigue. Par exemple, le personnage de Douglas Bradley, supposé disparu et exécuté au début du premier tome, réapparaît ici sous une forme nouvelle et monstrueuse.

D'un point de vue stylistique, la formule évolue dans ce second tome. Alors que les chapitres du tome 1 suivaient tous la même construction et se ressemblaient relativement, une progression plus logique, limpide s'opère ici. Pourtant, chaque chapitre possède une sorte de money shot, c'est-à-dire une  double page spectaculaire et impressionnante dans laquelle l'action, magnifiée par une explosion de couleurs ou par de prodigieuses scènes en noir et blanc, jaillit. L'utilisation de parodies de publicité pour produits de luxe constitue un autre élément déjà présent dans le premier tome qui possède désormais une réelle importance dans ce tome 2. Toujours aussi maîtrisées, elles servent maintenant le propos de l'intrigue, en résumant l'idée directrice du chapitre passé ou à venir, voire même en réagissant à celle-ci. Elles se permettent même d'occuper des doubles pages, afin de souligner leur valeur nouvelle. Cette brillante idée rentre en adéquation avec l'état d'esprit tourmenté de Renato Jones, hésitant à déposer le masque du Freelance afin de pleinement jouir de sa position de riche privilégié.

La quête enragée de Renato Jones s'achève dans un second tome placé sous le signe de la surenchère et de la remise en question. Les éléments essentiels du premier tome sont profondément altérés, jusqu'à connaître une véritable montée en puissance dans cette suite. Cette élévation des fondamentaux permet de surprendre irrémédiablement le lecteur par bien des aspects. La psychologie des personnages empruntent des directions inattendues, tout en restant parfaitement maîtrisées et cohérentes. Toujours dans l'optique de dérouter le lecteur, l'auteur le prive de scènes typiquement super-héroïques pour permettre à son récit d'exposer pleinement son message premier : sa critique de la société, toujours aussi acérée. La satire prend des proportions démesurées afin de conserver toute sa pertinence comique et critique. Pourtant, cette saison deux regorge d'action et de batailles visuellement impressionnantes. Kaare Kyle Andrews continue de donner une puissance émotionnelle phénoménale au noir et blanc, et même aux pages vides, avec une efficacité déconcertante. Le récit se clôt dans une apothéose de violence, ornée tout de même d'un message optimiste pour le futur de Renato Jones et de son entourage. Renato Jones : Freelance réussit le pari de bouleverser les codes établis par la saison 1, Les Un%, tout en témoignant d'une grande considération envers elle, donnant lieu à une conclusion grandiose ayant impactée tous les personnages de cette histoire sinistrement comique.

Cette review est à présent terminée ! Elle aura pris du temps à voir le jour, c'est pour cette raison que je tiens à remercier Akileos pour leur confiance (et pour leur patience donc) sans faille. J'espère que vous aurez pris du plaisir à me lire, et que mon retour sur un titre plus fourni, plus long vous aura plu. Sur ce, j'adresse à chacun d'entre vous une poignée de main amicale et/ou une bise chaleureuse. A vous de voir. :p

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