[Review] Renato Jones Saison Une : Les Un%

[Review] Renato Jones Saison Une : Les Un%

Un fond jaune pétant qui ne laisse pas indifférent. Sur celui-ci, un étrange personnage nous interpelle. Un flingue fumant dans une main, une bimbo dévergondée dans l'autre, tous deux entourés de cadavres gras et dénudés. Le sang et les dollars se mêlent. Bouff€-moi ça, ainsi nous accueille Renato Jones, le protagoniste du comics sur lequel nous allons nous attarder aujourd'hui. Comme indiqué sur cette couverture si particulière, cette histoire est la création mais aussi la possession de Kaare Kyle Andrews que vous avez notamment pu voir à l’œuvre sur la version All-New Marvel Now d'Iron Fist, intitulée Iron Fist : The Living Weapon. Comme pour cette dernière, Renato Jones est scénarisé, dessiné et colorisé par Andrews. Autant vous dire que le monsieur ne chôme pas ! De quoi parle ce comics me direz-vous ? Certainement pas de chômage si on s'en tient à la phrase subtilement dissimulée sur la couverture : Les super-riches l'ont super profond. Tout un programme donc.

Nous suivons donc Renato Jones... Enfin pas LE Renato Jones. Je m'explique, Renato Jones a été emporté par le courant lorsqu'il n'était encore qu'un enfant et est porté disparu depuis ce jour. Un gamin de Jakarta, dont la mère adoptive a été abattu sous ses yeux, a saisi cette opportunité et s'est fait passer pour lui. De ce fait, il devient la réincarnation du riche héritier des Jones. Ce pauvre propulsé dans le monde des riches va choisir de se fondre parmi les 1% les plus riches du monde afin de mieux pouvoir les faire payer, avec l'aide de Church, son majordome qui va l'entraîner pour sa guérilla anticapitaliste.

Si Le Beffroi n'était pas à mettre en toutes les mains, Renato Jones l'est encore moins. Se trouve dans ce comics abondance de sexe, de gore et de situations psychologiquement dures à vivre. Le style cartoon si particulier de Kaare Andrews pourrait laisser penser que le lecteur assistera à des scènes surréalistes et à des bastons mirobolantes, de façon à ne proposer qu'un divertissement bourrin et fun. Détrompez-vous, car avec Renato Jones, nous sommes plutôt face à un Batman hardcore, comme si Bruce Wayne avait fusionné avec le Punisher pour fracasser les super-riches, qui traitent la classe moyenne comme une race inférieure. Ce mépris s'exprime à travers des situations horribles, comme de la pédopornographie suffisamment suggérée pour comprendre toute l'horreur des actes perpétrés par le premier adversaire de Renato Jones de ce tome, Douglas Bradley. L'aversion qu'a Jones pour ses "semblables" explose littéralement lors des combats d'une violence inouïe, comme s'ils étaient tout droit sortis de Kill Bill.

La couleur, elle aussi opérée par Andrews, épaulé par Alice Ito pour les aplats, brille par sa maîtrise et ajoute du dynamisme à l'action. Pour certaines situations, des couleurs vives parviennent même à accentuer l'horreur que traverse les personnages, par exemple avec le même jaune flashy que sur la couverture. Des choix étonnants sont réalisés dans le but de produire en fin de compte un impact encore plus retentissant sur le lecteur.

Mais les pages les plus marquantes sont indéniablement celles en noir & blanc. Elles se révèlent à chaque fois resplendissantes et remplies d'émotion, parfois même alors qu'il n'y a aucun dessin sur ladite page.

Andrews se permet même quelques références à des comics iconiques. Par exemple, la pose de Super Méchant dans la nuit noire rappelle sans équivoque The Dark Knight Returns de Frank Miller.

Chaque chapitre se construit relativement de la même façon, à l'instar d'une série télévisée. Le méchant fortuné est présenté, puis le Freelance, l'alter-ego de Renato Jones, débarque et vient lui faire payer ses pêchés. En plus de cette purge contre les Un%, la backstory entre Renato et Bliss, son étrange voisine, avance petit à petit. Entre passion et fraternité, l'ambiguïté de leur relation ajoute de l'épaisseur au protagoniste dévastateur. Church, le majordome et mentor de Renato, intervient ponctuellement pour rappeler à son disciple l'importance de sa mission qu'il doit honorer, en mémoire du vrai Renato Jones, vraisemblablement décédé. Sorte de figure paternelle et maître en arts martiaux, cet hybride entre Alfred et Maître Splinter reste pleins de mystères. J'espère que son rôle gagnera en importance dans la suite de ce comics. Super Méchant, un antagoniste au nom consciemment ridicule, se retrouve dans ce premier tome dissimulé au second plan. Il mène son enquête sur le Freelance dans l'ombre et se montre donc assez discret. Lui aussi mérite, à mon sens, une mise en valeur pour la suite du récit, et son design laisse imaginer un affrontement dantesque entre lui et Renato Jones à l'avenir !

L'une des plus grandes qualités de l'ouvrage, et l'un des points les plus évidents de celui-ci, c'est la critique acerbe qui est faite de la société. Médisants à outrance, cette soixantaine de super-riches brillent par leur amoralité et par leur mépris pour la classe populaire. A travers ces personnages détestables et le malheur qu'ils causent aux petites gens subalternes, Andrews dresse un portrait pessimiste, volontairement exagéré mais pas si absurde de notre société. A travers les atrocités commises par les Un% et les conséquences de leurs actes, orchestrées par Renato Jones, le fossé d'injustices entre riches et pauvres se voit ici mis en lumière contre son gré. De plus, la figure du Freelance représente une sorte de vengeur des opprimés, comme un Robin des bois hardcore volant la vie des riches pour la pérennité de celles de la masse populaire. L'auteur joue d'ailleurs avec les codes du luxe et de la mode avec des détournements de publicités pour du parfum ou pour de grosses voitures. La parodie se montre d'autant plus efficace que les affiches respectent ces codes à la lettre pour décupler l'action satirique qui en découle.

Avec Renato Jones, Kaare Kyle Andrews se crée un exutoire jubilatoire pour dénoncer le mal-être du milieu modeste provoqué par les super-riches, obnubilés par l'argent au détriment de l'humain. En s'occupant aussi bien des dessins que du scénario, l'auteur est à même de nous transmettre sa triste vision du monde d'aujourd'hui. Pour l'appuyer, il met en scène des situations visuellement dures. Un enfant apeuré et le sourire d'un maître d'hôtel pervers suffisent à installer une ambiance malsaine et pénible pour le lecteur. Heureusement, le Freelance accomplit sa mission et fait payer à ceux qui en veulent toujours plus lors d'affrontements rythmés et très joliment mis en scène. Des pistes sont disséminées ça et là pour nous faire languir d'impatience jusqu'à pouvoir découvrir la suite du combat idéologique de Renato Jones. C'est un comics hors du commun et une petite pépite de la scène indépendante, reprenant certains stéréotypes des super-héros pour les tourner en dérision et créer ainsi une identité propre à la série. Pour conclure : Jetez-vous sur Renato Jones si ce n'est pas déjà fait, ou vous le regretterez et vous l'aurez "super profond" !

Cette review est terminée, j'espère qu'elle vous a plu ! Avant de vous quitter, je remercie chaleureusement les éditions Akileos de nous avoir permis, une fois encore, de réaliser la critique d'un ouvrage de leur riche catalogue ! Cela étant dit, on se retrouve très vite ! 😉

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