[Review] Unholy Grail

[Review] Unholy Grail

La légende du Roi Arthur date du Moyen-Âge, et est désormais connue de tous et sert toujours de base à de nombreuses adaptations et réécritures encore de nos jours. Au cinéma par exemple, c'est Charlie Hunnam (Sons of Anarchy, le remake de Papillon) qui a interprété en 2017 le roi de Camelot devant la caméra de Guy Ritchie pour Le Roi Arthur : La Légende d'Excalibur. La série culte d'Alexandre Astier, Kaamelott, s'inspire également de cet univers et le tourne en dérision. Le Roi Arthur apparaît également dans les comics des Big Two, Marvel et DC Comics, et s'intègrent dans leurs univers respectifs. Évidemment, la légende arthurienne peut également inspirer des séries publiées par des maisons d'édition indépendantes. C'est le cas du récit que nous allons chroniquer aujourd'hui : Unholy Grail. Éditée chez AfterShock Comics aux Etats-Unis, l’œuvre scénarisée par Cullen Bunn (Deadpool, Darth Maul, Harrow County) et illustrée par Mirko Colak (Red Skull, Brothers Dracul, Punisher) arrive en France chez Snorgleux Comics.

Unholy Grail se présente comme une réécriture fantastique et gore de la célèbre légende arthurienne. De la mort de son père, Uther Pendragon, à la quête du Graal des chevaliers de la Table Ronde, en passant par sa rencontre avec la Dame du Lac et son mariage avec Guenièvre, toute la vie du Roi Arthur se voit retranscrite dans ce one-shot empli de magie et de démons.

Le principe même de cette histoire brille par son parti-pris et par sa pertinence. Puisque la magie et le surnaturel émanent déjà clairement de la légende arthurienne, rien n'empêchait Cullen Bunn d'y intégrer un démon sournois pour prendre possession de Merlin l'Enchanteur et ainsi le remplacer littéralement. L'altération de ce personnage donne une toute autre dimension à la destinée d'Arthur et aux événements marquants de sa vie. Même si ses intentions sont évidentes et (très) peu originales, on comprend que les manigances du démon Merlin guident Arthur vers le trône uniquement pour mener à bien ses propres desseins en filigrane, à savoir plonger le monde des mortels dans le chaos. Je vous avais prévenu, très peu original monsieur le démon.

Cette relecture sombre, démoniaque de la légende arthurienne utilise une narration croisant passé, présent et futur pour montrer l'étendue du plan machiavélique de Merlin et ses conséquences sur Arthur et sur son entourage. L'utilisation de ce procédé me rappelle le début du run de Jason Aaron sur le personnage de Thor chez Marvel, nommé Thor : God of Thunder, dans lequel vivent en simultané trois itérations du dieu du tonnerre, à trois époques différentes de sa vie, tous affrontant le même ennemi ; le Massacreur de Dieux. Néanmoins, là où Aaron misait sur de somptueuses scènes silencieuses, Bunn préfère laisser libre cours aux discussions entre ses personnages. Parfois même trop. En fait, souvent même trop. Les nombreux passages trop verbeux représentent le gros problème de ce Unholy Grail : tout le monde parle, encore et encore. Et pourtant, malgré cette abondance de discussions venant alourdir l'action et ralentir le rythme, il vous faudra des bases solides concernant la légende arthurienne pour apprécier pleinement les événements de ce one-shot. Là réside le paradoxe : on nous raconte énormément de choses, mais l'essentiel est considéré comme déjà connu de tous, et  les explications paraissent alors dispensables. Sauf que non, elles ne l'étaient pas. Même si l'histoire du Roi Arthur est globalement connue, elle l'est souvent de manière succincte seulement. C'est malheureusement mon cas, et je n'ai donc pas pu profiter pleinement des péripéties d'Arthur, de ses chevaliers et surtout des nuances amenées par ce récit par rapport aux histoires originelles.

Mirko Colak, dont je découvre le style assez brut avec cette œuvre, illustre l'histoire de Cullen Bunn de manière parfaitement cohérente. Le réalisme de ses dessins présente une totale adéquation avec l'univers d'heroic fantasy d'Unholy Grail. De plus, les détails et les nombreux traits appliqués aux visages des personnages les rendent matures, comme marqués par la vie et par les machinations de Merlin dès leur plus jeune âge. Ce parti-pris esthétique, couplé au gore et à la magie démoniaque, apporte une ambiance à la limite de la dark fantasy à Unholy Grail, ce qui reste sensé vu le postulat de base, le projet de réécrire la légende du Roi Arthur de manière sombre, avec un démon à ses côtés. La majorité des planches de Colak fourmillent de personnages et d'éléments précis, au premier plan seulement, ce qui produit une richesse visuelle, que ce soit pendant les scènes de buffet ou celles de bataille. Les décors se montrent, quant à eux, assez peu fournis, laissant souvent penser à des ébauches colorisées. Les arrière-plans transcendent avec cette abondance et créent une atmosphère étrange, irréelle autour des aventures d'Arthur. Cette cohabitation d'auras épaissit le mystère autour du titre, et s'inscrit dans la logique du projet et de ses intentions.

Unholy Grail fait le pari de proposer une relecture complète de la légende arthurienne dans une vision sombre et adulte. Malheureusement, si vous n'êtes pas familiers avec les péripéties du Roi Arthur, vous risquez de passer à côté du potentiel de ce one-shot. Et je pense malheureusement que ça a été mon cas. Le récit passe son temps à laisser s'exprimer les personnages, mais ne prend pas assez la peine d'expliquer, de résumer correctement les différentes étapes marquantes de la vie du souverain de Camelot. Malgré les dessins de Mirko Colak en cohésion avec l'univers médiéval, l'histoire semble avancer au ralenti, d'autant plus qu'elle use d'une narration croisant plusieurs périodes de la vie d'Arthur Pendragon, venant complexifier et alourdir davantage le rythme. A vouloir trop en faire, trop en dire, en omettant d'expliciter l'essentiel, Unholy Grail se constitue inconsciemment une carapace qui le rend perméable aux néophytes du Roi Arthur. De ce fait, cette barrière de connaissances pré-requises ne leur permet pas de plonger pleinement dans cette réinvention de cet univers et de suivre avec un intérêt concret les plans obscurs du démon Merlin.

Cette review est désormais achevée ! Je vous remercie de l'avoir lu jusqu'au bout, et je remercie également Snorgleux Comics de nous avoir permis de découvrir cette histoire avant sa sortie officielle. Pour pouvoir vous faire votre propre avis sur ce récit complet, il faudra patienter jusqu'au 14 septembre ! Sur ce, je vous fais des bisous pleins de cordialité, et je vous donne rendez-vous pour de prochains articles ! 😉

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